Les épaves en Manche

Extrait de la Revue "Le monde maritime" de décembre 2006, un article de Monsieur Bertrand SCIBOZ, Président du Centre Européen de Recherches et d'études Sous-marines CERES, Membre IEHDN, INTECHMER, Expert près les cours d'Appel et membre de l'Union Professionnelle des Experts Maritimes, que l'on trouvera sur ce site et sur son propre site www.ceresm.com .

Les épaves : danger pour la navigation, patrimoine maritime ou récifs artificiels

"Des centaines d'épaves dans les eaux européennes", la phrase fait peur ou encore rêver suivant de quel coté ou de quelle profession on se place.
En effet, si pour l'historien, le plongeur sous-marin ou encore le chasseur de trésor, des centaines d'épaves représentent une découverte supplémentaire, un plongée dans la passée permettant d'enrichir notre connaissance de l'histoire, elle représente un danger mortel pour le pécheur trainant sa drague ou son chalut et un terrible casse tête pour les autorités maritimes de tous le pays.
En fait il faudrait plutôt parler de milliers d'épaves et obstructions, puisque c'est près de 15.000 de ces croches sous-marines qui ont été inventoriés et positionnées, dans une partie des eaux européennes, par les équipes des services océanographiques publics, mais aussi privés, depuis plusieurs décennies.

Les obstructions ou croches.

Elles représentent à elles seules le tiers des obstacles sous-marins répertoriés, mais ne sont, à l'inverse de beaucoup d'épaves, pas identifiées ou encore localisées précisément.
Si le service océanographique les appelle obstructions, c'est en fait, pour informer l'utilisateur de cartes marines de deux informations : c'est un objet sous-marin non identifié, trop petit pour être une épave ou bien encore un haut fond ou un fond rocheux.
Alors que peuvent bien être ces centaines d'obstructions ?
En fait les épaves en bois, anciennes ou modernes, disparaissent au fur et à mesure des années et des siècles, et suivant leur construction mais également la nature du fond, les courants, la profondeur, etc.. Pour ne devenir que des tumulus sur lesquels reposent une chaudière, un canon, un treuil, un congloméra de ferrailles ou encore une partie de la cargaison.
Ces restes d'épaves, au même titre que les containers tombé des navires, les roches seules perdues au milieu de grand banc de sable forment ce que les cartes référencent comme obstruction et ce que les pêcheurs appellent croches.

Les épaves

Le terme épave est un terme générique qui a de multiples significations.
Dans le domaine maritime, "une épave est ce qui reste d'un navire en mer, sur le rivage ou au fond de la mer, après qu'il a été abandonné, qu'il s'est échoué ou a coulé, à la suite d'un « événement de mer "; mais La définition de la préfecture maritime de l'Atlantique dit qu'est considéré comme épave : "Tout navire en état de non-flottabilité qui est abandonné par son équipage, ainsi que son approvisionnement ou sa cargaison, les embarcations, machines, engins de pêche abandonnés, les marchandises tombées ou jetées à la mer, tout objet dont le propriétaire a perdu la possession, qui est échoué sur le rivage ou trouvé en mer.
Aussi si le terme présente de nombreuses interprétations; il convient de ne s'intéresser qu'aux navires coulés et pouvant représenter un danger pour la pêche ou la navigation.
Les épaves sont des lieux de plongée et de pêche sans pareils, riches en poissons mais qui renferment aussi de redoutables pièges pour les plongeurs et les navigateurs...
Ces lieux oú le poisson est abondant sont tout autant des obstacles dangereux pour les filets et les engins de pêche. Combien de navires de pêche sombrent-ils, de nos jours encore, à cause d'une "croche" qui a retenu leur chalut ou encore leur drague ? Le problème est bien connu, autant d'ailleurs des Affaires Maritimes que de de l'action de l'état en mer.
On sait souvent que lorsqu'un pêcheur déclare une épave, c'est qu'il y a laissé son train de pêche et y a potentiellement risqué son navire, voire son équipage.

Les épaves anciennes.

De toutes elles sont les plus nombreuses. En effet à travers les temps les bâtiments navigant sur toutes les mers du globe ont du affronter, événements de mer, abordages et intempéries, sans compter les guerres et batailles navales. Il serait inexact de croire que moins de bateaux coulent aujourd'hui qu'hier, le nombre de navires en mer étant très largement supérieur à celui d'il y a quelques centaines d'années.
De tous ces navires disparus, si il ne reste pour certain que quelques morceaux de bois émergeant d'un tumulus de sable ou encore une ancre coincée entre deux rochers, d'autres sont par contre encore en bon état relatif, dépassant de plus de 20 mètres du fond des océans, comme cette épave de transporteur de troupe coulée au large de Cherbourg à la fin de la guerre, Le Léopoldville.
La désagrégation des épaves est liée à de nombreux paramètres ainsi le même navire suivant qu'il coule dans une zone exposée aux tempêtes, au fort courants ou encore qu'il repose au fond d'une eau turbides, se comportera différemment au fur et à mesure des années.
Si ces épaves ou plutôt ces restes d'épaves pour la plus grande part, ne représentent pas un danger certain pour la navigation, on ne peut que se souvenir de ce chalutier Dieppois de près de 20 mètres qui, en 1999, a coulé au large de Dunkerque, heureusement sans faire de victimes, après avoir immobilisé son chalut sur une croche.
D'après les indications du plongeur qui a expertisé l'épave, cette croche serait en fait une épave en bois, apparemment ancienne, et n'émergeant que faiblement du fond; la fune du chalut du Camisard s'étant enroulée autour d'une pièce horizontale massive de la charpente de l'épave, peut-être la quille.